Le débat politico-médiatique concernant la diversité en France doit être analysé en prenant en compte deux aspects fondamentaux: le fond et la forme.

Sur le fond deux idéologies s’affrontent:

  • L’espace public doit être culturellement français, et les citoyens ou résidents d’héritage culturel étranger doivent s’intégrer en mimiquant une identité historique qui n’est pas la leur. Certains parlent alors de neutralité de l’espace public, malmenant ainsi cette notion juridique qui selon le droit n’est applicable qu’aux institutions publiques.
  • L’identité française est une identité avant tout juridique, et la neutralité, qu’elle soit culturelle ou cultuelle, ne s’applique pas aux individus qui sont libres d’exprimer leurs appartenances ou sensibilités culturelles ou religieuses dans l’espace public et privé. Ce droit est conféré par la Constitution française, la loi de 1905, la Cour Européenne des Droits de l’Homme et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen entre autres.

La diversité, au cœur de ce combat idéologique, est pourtant mise à l’écart de ce débat. Il est intéressant de noter que les codes médiatiques de forme influent énormément sur le fond du débat, puisque la population française n’est pas représentée telle qu’elle l’est dans la réalité. Les médias deviennent alors un miroir déformant. Cela pourrait simplement être insultant ou condescendant envers les français d’origine étrangère. Cependant ces procédés influencent dangereusement les élections politiques comme cela a été le cas lors des dernières présidentielles, lorsque, légitimé par nombre de rédactions vivant grâce aux taux d’audience et de clicks, le Front National s’est retrouvé au second tour dans une acceptation quasi générale contrairement aux élections de 2002.

Un débat à huis clos ethnique:

Nombreux sont les experts, journalistes, sociologues invités sur les plateaux télé afin d’exprimer des avis concernant la diversité en France, la façon dont elle doit être gérée, observée, crainte, prise en pitié, et plus grave, la façon dont les français d’origine étrangère doivent se comporter. Il est intéressant de constater que ces experts appartiennent presque toujours à la majorité ethnique de la population française.

Les citoyens issus de la diversité ne sont alors plus acteurs de leur citoyenneté et de leurs droits, mais des objets passifs que l’on commente, critique ou insulte au grès des polémique. NKM nous explique alors que la mode islamique « ne [lui] plaît pas », l’ancienne ministre Laurence Rossignol compare les femmes voilées aux « nègres d’Amérique », et Luc Poignant, du syndicat Unité police SGP-FO, affirme que « Bamboula » est une appellation convenable à l’égard des personnes noires, avant de s’excuser quelques jours plus tard. 

Certains rétorqueront que ces personnes se sont excusé pour leurs dérapages. Il ne s’agit cependant pas de dérapage, mais d’insultes raciales, condamnées par le droit français. Il ne s’agit pas de dérapages, mais d’une méthodologie constante qui n’est jamais remise en cause et qui nourrit la haine de tous les côtés, fracturant une société française qui peine à trouver l’Identité Socle autour de laquelle fédérer sa population.

Laurent Ruquier lui aussi s’est excusé d’avoir donné la parole à Eric Zemmour pendant 5ans. Ses excuses on duré 30 secondes pour 5ans d’insultes, de provocation, d’appels à la haine rémunérés par le Service Public Français. 5ans de « dérapage » j’imagine…

Les chaînes de télévision, les émissions télédiffusées et radiodiffusée sont responsables de ce que disent leurs invités et de la qualité des débats proposés. Inviter une personne raciste n’est pas l’équivalent d’inviter une personne issue de la diversité, il n’y a pas là d’équilibre de la représentation dans cette démarche, car le racisme n’est pas une identité mais le choix d’une idéologie de la haine de l’autre et ne devrait en aucun cas être légitimé comme une forme de pensée qui mérité d’être diffusée. Par conséquent, plutôt que de s’excuser après coup ne vaut-il pas mieux se responsabiliser en amont?

Parfois, nous Diversité, sommes conviés à débattre sur nous-mêmes:

Il serait faux de dire que les français allant de basanés à noirs n’ont jamais la parole. Il y a parfois un « représentant » de la communauté musulmane, ou balieusarde, ou noire qui est questionné au milieu d’une pluralité d’invités blancs. Jamais deux invités issus de la diversité ne sont présents sur le même plateau.

« Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » Brice Hortefeux.

Ces invités sont parfois journalistes, c’est le cas pour Rokhaya Diallo et Dolorès Bakéla qui apparaissent sur les photos ci-dessus. Elles sont limitées au rôle de la femme noire militante. Il y a également le cliché de l’imam à l’accent étranger dans le cas de la laïcité, les prêtres catholiques et rabbins eux ne sont jamais concernés. Il y a l’islamologue dangereux pour décrédibiliser l’imam récurrent et enfin l’humoriste qui n’est pas armé pour affronter des universitaires, des économistes et diplomates. Car au sein de la diversité n’existe apparemment pas l’expertise du politologue, du sociologue, ou de l’historien.

Je me suis longtemps interrogée sur ce procédé récurrent, car sa partialité est tristement flagrante. D’autant plus que le couloir d’expression ouvert aux communautés de la diversité française l’est uniquement dans un contexte balisé, en réponse à des injonctions pré-établies. Notre liberté d’expression est cadenassée tant sur la forme que sur le fond.

Et puis un jour l’on m’a expliqué que …

cerveau couleur 2

Le cerveau de couleur auquel fait ici référence la journaliste et essayiste Isabelle Kersimon est le mien, car ma subjectivité culturelle m’empêcherait, selon elle, de penser mon identité française et mon identité d’héritage familial contrairement aux personnes dotées d’un cerveau blanc et donc neutre. C’est donc lors de cet échange sur Twitter que j’ai compris que dans l’inconscient politico-médiatique je suis encore sous tutelle et que ma réflexion ne pourra jamais être considérée comme objective, et donc valable, en raison de mes appartenances ethniques et/ou religieuses. Mon identité, élément hautement subjectif, variable et complexe, ne peut m’être attribuée par mes choix ou mon analyse propre mais par un raisonnement venant de l’extérieur qui, bien que chargé culturellement et historiquement, a un droit auto-attribué à s’auto-proclamer objectif et à définir l’Autre.

L’identité française doit se construire avec nous et non plus malgré nous:

Une société démocratique est par essence une société définie par son peuple. Elle est cependant biaisée lorsque le dialogue social, élément nécessaire à la construction de valeurs communes autour d’identités diverses, est détenu par une seule narrative. Je souhaite rendre le débat public plus riche et plus nuancé en permettant aux minorités, quelles qu’elles soient, de s’exprimer et donc de sentir leurs idées et légitimité reconnues et défendues dans l’espace public. Je crois profondément que la Liberté, l’Égalité et la Fraternité sont des valeurs vivantes qui dépérissent lorsqu’elles ne sont pas défendues par tous pour le bénéfice de chacun.

Je rejette les modèles culturels manichéens promus par l’histoire unique car ils m’ennuient profondément. Je leur préfère les caléidoscopes qui, libres de préjugés et forts de leurs identités multiples, en jouent et les laissent danser à l’infini. Je leur préfère les parcours de vie qui, loin des clichés confortables pour l’esprit restreint, montrent la diversité au sein de la diversité.

Heureusement des médias naissent et challengent les termes du débat en France. C’est par exemple le cas du site L’Afro ou encore de l’émission « Kiffe ta Race », et c’est ce que j’essaierai de faire très humblement ici.

kiffe ta race

Je vous invite donc à me raconter vos parcours, m’exprimer vos opinions, me donner vos avis sur vos identités françaises, familiales, régionales, ethniques, sexuelles, et toutes les autres afin de nous libérer ensemble des muselières qui nous ont dépossédés de nos voix et ont, pendant trop longtemps, laissé notre citoyenneté en otage aux mains des extrêmes et aux mains de ceux qui leur ont ouvert la porte de notre espace public et commun.